16.5.08

NicO vu d'ailleurs

Dès j'vois un texte qui paraît sur Nicodème, j'fonce. Celui-là, j'l'ai trouvé particulièrement savoureux. D'où sa présence ici !


Selon l'Évangile de Jean, c'est « de nuit » que Nicodème vint trouver Jésus (Jean 3, 2). La nuit, c'est l'obscurité qui s'épaissit, avec des sentiments et des pensées qui se pressent, se chevauchent et tournoient sans cesse sans trouver une demeure stable. Envol des imaginaires, remontée de peurs enfantines, rappel des insatisfactions du jour. Spirale de l'enfermement intérieur que le silence ne fait qu'exacerber.

C'est le constat amer que dresse le psaume 22 : « Mon Dieu, le jour j'appelle, et tu ne réponds pas, la nuit, point de silence pour moi... » Nuit des camps et des prisons, nuits des hôpitaux. Nuit qui ne semble jamais devoir finir selon le prophète Isaïe : « Veilleur, où en est la nuit ? Le veilleur répond : Le matin vient, puis encore la nuit » (Isaïe 21, 12).

La nuit peut être aussi moment privilégié pour y voir clair et entrer dans une nouvelle vigilance, en profitant d'un silence complice : « Ta lumière se lèvera dans les ténèbres et l'obscurité sera pour toi comme le milieu du jour » (Isaïe 58, 10). C'est « de nuit » que Nicodème, notre frère, notre contemporain, vient trouver Jésus. Il sait que la nuit, plus que le jour, est le temps de l'attente : « J'espère Yahvé, murmure le psaume 130, j'espère de toute mon âme et j'attends sa parole, mon âme attend le Seigneur plus que les veilleurs l'aurore. »

Toute nuit trouve sa fin, et après la nuit se lève forcément une aurore. La loi cosmique de la succession quotidienne des jours et des nuits habite tout homme, tiraillé entre les ombres menaçantes du temps nocturne et les lumières d'un nouveau jour qui recommence. Le Dieu créateur qui, aux origines, a séparé le jour de la nuit, en disant : « Que des ténèbres resplendisse la lumière », est le même que celui qui habite en nos cœurs pour faire surgir la clarté dans nos ténèbres, la face solaire après la phase obscure.

Nicodème, en effet, sort de ses doutes, quitte sa nuit pour reconnaître en Jésus un être lumineux dans sa singularité, inexplicable totalement à travers son allure et ses gestes. Impossible de l'enclore dans une humanité comme la nôtre, tissée, elle, de faiblesse dans son élan vital. Cet homme ne peut venir que d'un monde inconnu, marqué du sceau divin. Ses façons de faire, ses paroles, pour qui l'a patiemment et longuement observé, ne peuvent se comprendre sans référence à un Autre qui lui donne de vivre ainsi. En tout lieu, et dans le cœur de tous, ne laisse-il pas l'empreinte d'une habitation divine ? « Rabbi, nous savons que tu viens nous instruire de la part de Dieu, personne ne fait de pareils signes si Dieu n'est avec lui. »

Alors se déroule entre les deux protagonistes un étonnant dialogue : Jésus invite Nicodème à vivre une nouvelle naissance, comme celle que l'on propose à tout catéchumène [adulte se préparant au baptême NDR]. Il ne suffit pas d'être né, il faut naître à nouveau pour vivre durablement. Mais Nicodème est déjà avancé en âge. Il reçoit donc cette invite comme l'appel à un retour en arrière, l'annonce d'une nécessaire régression vers son propre commencement. Comment devenir jeune, alors que le corps et l'esprit sont marqués par une vieillesse inexorable ? Faudrait-il retourner dans le sein de sa mère ? Impossible équation.

Revenir vers son origine, fait remarquer Jésus, est un chemin sans issue. La vie s'écoule comme le fleuve qui va vers la mer sans jamais devoir revenir à la source primordiale. Tout retour en arrière est à bannir et ne saurait être qu'une impasse. Le fil d'or des générations descend inéluctablement vers l'avant et ne peut jamais remontrer vers sa matrice originelle. Il importe au contraire, pour chacun, de vivre au sein de son temps et au milieu de ses contemporains. Mais le salut ne se trouve pas non plus dans un contournement de ses propres déterminismes biologiques. Ce serait une nouvelle folie. Pascal le dira : « Les médecins pourront te guérir mais tu mourras quand même. » Ce qui est chair est chair. Nul ne peut endosser une nouvelle livrée charnelle.

Seul l'Esprit, accueilli dans la chair, affirme Jésus, est, dans le présent qui s'offre à chacun, puissance transformatrice et assurance de durabilité. Il tire vers « l'avant ». Il donne un dynamisme intérieur qui se reçoit « d'en haut » et ne se comprend qu'en se situant dans la confiance. « Sans l'Esprit, écrit au soir de sa vie un physicien croyant, Louis Leprince-Ringuet, notre monde aussi sophistiqué, aussi perfectionné soit-il, risque fort de se déséquilibrer, de se détruire, malgré l'admirable potentiel de travail, de génie, d'invention, de persévérance des hommes. » Celui qui se régénère dans l'Esprit découvre le souffle de la liberté qui est le propre de l'Esprit mêlé à notre esprit et agissant dans les fibres de la chair.

Dans le dialogue avec Jésus, l'étonnement grandit chez Nicodème, si proche de nous. Le voici appelé à une conversion de tout son être, à une sortie courageuse loin du jeu illusoire de ces miroirs déformants que l'on voit dans les fêtes foraines. « Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit.» Silencieusement, comme une brise discrète, l'Esprit souffle dans le cœur de l'homme un vent de liberté, une liberté capable de surmonter les déterminismes qui font la pesanteur de la chair.

Saint Paul parlera, dans le même sens, de la victoire finale de l'Esprit en toute chair : « Si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité le Christ Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous» (Romains 8, 11).

Nicodème, veilleur dans notre nuit. Henri Madelin, Service jésuite européen (Bruxelles-Strasbourg). La Croix, paru le: samedi 19/04/2008

Coup de vent

Ch'uis désolé d'vous avoir laissé tombé comme une vieille chaussette. J'ai fait plein d'truc super : une semaine de voyage à New York avec ma chérie, cinq jours de marche (et 150 Km) sur le chemin de Compostelle... Des trucs beaux, forts. J'vous oublie pas.

18.4.08

Métro, c'est trop

Métro Concorde. La lourde s'ouvre. Par d'ssus les têtes, j'vois une femme, la trentaine rondouillarde assise. Elle tend la main aux gens, qui passent, comme si elle voulait les arrêter. Mais tous passent en évitant son r'gard. "S'il vous plaît... s'il vous plait... Aidez-moi", implore-t-elle.

L'gros NicO, il a pas bougé. Il aurait pu sortir pour aller vers elle. L'gros NicO, il a pensé qu'fallait pas arriver trop en r'tard au boulot. Il a laissé la porte s'fermer et l'train r'partir. Et la femme implorer dans l'vide.

NicO, il a prié pour qu'l'Seigneur des Vivants envoie quelqu'un d'plus généreux qu'lui. Quelqu'un qu'accepte d's'arrêter pour pô laisser c'te femme seule sur son quai. Il a prié l'NicO, car il a été trop lâche pour aimer comme Dieu aime.

L'gros NicO, il avait son bréviaire en main. Et voilà c'qu'il venait d'lire,d'méditer : "Assurons donc le salut du corps entier que nous formons dans le Christ Jésus, et que chacun se soumette à son prochain, selon le charisme que celui-ci a reçu, écrit saint Clément. Que le fort se préoccupe du faible, que le faible respecte le fort; que le riche subventionne le pauvre, que le pauvre rende grâce à Dieu qui lui a donné quelqu'un pour compenser son indigence."

En tout cas, c'est pas à cause d'toi, NicO, quelle rendra grâce à Dieu. Mais elle rendra grâce à Dieu.

La facilité, ce s'rait de m'attarder sur ma ch'ite misère, sur la p'tite merde qu'j'me suis senti à c'moment-là. Oh, NicO, t'es trop nul, t'es pas charitable, t'es un égoïste ! J'en ai des listes.

Non, l'truc que j'ai fait, c'est d'm'tourner vers Jésus qui m'apprend "les chemins de la vie". Et comme tu peux l'voir, j'suis loin d'avoir fini d'apprendre....

Alors j'ai prié d'transformer ma merde en or. Car il est l'seul à pouvoir le faire. Faut avoir d'l'ambition pour sa vie spirituelle, comme on peut en avoir pour son boulot, sa vie perso et familiale. Mon ambition d'c'jour, c'est qu'un jour, pour l'amour de Jésus et de l'humanité, j'bougerai mon cul pour aller voir l'pauvre qui crie vers Lui.

Prends 'tiep d'moi. Et d'elle surtout.

15.4.08

Chercher la miette

Quand j'prie dans l'métro, y'a des versets d'psaumes ou d'a 'Bible qui m'font lever l'nez d'mon bréviaire et m'font fixer un point vague au-d'ssus d'la tête d'mes congénères. Y'a des mots qui m'ébranlent comme des montagnes.

Quand j'atterris, j'me dis : "Faut qu'j'le mette dans le blog pour partager ça avec mes frères et soeurs". Mais l'truc, si j'attends trop, j'trouve p'us qu'dalle. ça vient d'm'arriver : y'a en gros 6-7 mots qui m'avaient fait sauter au plafond hier, bin j'ai cherché, j'r'trouve p'us. Pfffuitttt. J'ai digéré la Parole, i' reste même pas une miette, pfff...

9.4.08

La zonmai à NicO

Deux projectiles m'ont explosé l'pare-brise pour m'découvrir l'aut'ciel, brother.

"[L'ennemi] me fait habiter les ténèbres avec les morts de jadis" (Psaume 142, 3)
Le souvenir des morts des aut' t'retiennent dans les ténèbres, mon pov' NicO. Laisse-les partir. Ils n't'appartiennent pô, mon vieux. Laisse les à d'autres bras mille fois plus généreux et plus puissants. Laisse, laisse, laisse filer, j'te dis, sinon t'vas t'pourrir l'grenier.

"Vous êtes la maison que Dieu construit" (1re lettre aux Corinthiens, chap. 9, vers. 3)
J'aime c't'image, putain, ça r'met les choses en perspective. Ta vie, il la construit jour après jour. Toi tu vois pas pas la logique, mais lui, il les plans. Y'a une suite. Bonne nouvelle, non ? J'ai tenté d'visualiser la tronche d'l'maison qu'j'suis. Pô facile. Ch'crois quand même qu'les fondations y sont, les murs aussi, les fenêtres et les portes sont plus récentes. L'toît pas encore because, là, on bâtit les étages, on s'élève encor'. Et toi, elle a quelle tronche ta maison qu'Dieu bâtit ?

5.4.08

Vazy Titi !

J'aime bien alors j'partage :

«La foi consiste à ne jamais renier dans les ténèbres ce qu’on a entrevu dans la lumière", disait le "philosophe-paysan" Gustave Thibon.

Bien vu Titi !

1.4.08

Ma peur est un clebs

Ma peur, au fond, c'est un clébard qu'faut apprivoiser. Faut l'accueillir comme un animal domestique, bon, c'est vrai, elle pue d'la gueule, elle bave un peu, et tu demandes t'jours si ce clebs n'fait pas partie des zanimaux qui défrayent la chronique parce qu'ils ont arraché la gueule d'leur maître en plein jour.

Au fond, t'vois, j'commence presqu'à bien l'aimer, c'te peur, avec c'poil rapeux, et ça démarche balourde, qui pèse trois tonnes quand elle s'couche sur toi au risque d't'couper la respiration.

Ksssss, kssss, allez viens là, couché, tranquille. C'est ça ! Ch'est bien cha ! Hein, l'gros chienchien...

31.3.08

Commentaire antiradioactif

'Tain, Geneviève ma Vittozienne, elle a beau avoir 83 balais, on peut dire qu'elle sait encore smasher comme Federer.
J'lui ai posé ma fameuse question : "Que c'serait ma vie si j'avais pô peur de l'mort et d'la maladie ?". Elle m'a rega'dé avec un sourire. Après un silence, elle m'répond : "Ce s'rait inhumain ! Tout homme a peur de la maladie de la mort".
En gros, elle m'ramenait sur terre en m'disant qu'c'était un rêve qu'd'vouloir échapper à ma condition d'homme ! Elle a même ajouté qu'Jésus himself était venu assumer toute cette réalité-là.
En revanche, elle m'a bien expliqué qu'l'important, c'est pas d's'laisser emprisonner par nos peurs. Quand j'y cède, j'ai l'impression d'm'retrouver dans un nuage radioactif, dans un cercle vicieux où tout s'qu'j'pense est catastrophe sur catastrophe. J'n'suis plus dans la réalité, j'suis dans le fantasme qui m'fait croire qu'il est la réalité. J'faisais partie d'ces gens qui prennent leurs peurs pour la réalité. C'est fou, non ? Le r'tour au réel voilà c'qui nous libère d'la peur. Faut sortir d'l'attraction fatale d'la planète de la peur : faut changer d'orbite !
Quand Geneviève a vu ma tronche, elle s'est marrée tant j'avais l'air interloqué. Mais elle venait d'm'ouvrir un sacrée porte ! L'contraire d'la peur, a-t-elle ajouter en ouvrant grand les bras, c'est s'ouvrir à la vie, à la vie qui vient, qui est là, qui s'offre à nous gratuitement à travers ces p'tits cadeaux quotidiens. Plus t'es dans la peur, plus faut faire mémoire, à la fin d'ta journée, de tout c'qu'y a eu de bon, d'heureux, de beau dans ta journée.
Et si j'trouve pô, c'est pô que ça n'a pas existé, c'est qu'j'ai pas su accueillir ces micro moments d'grâce qui m'étaient offerts. Y'a des gens "bien portants" qui sont fascinés par l'malheur et deviennent aveugles aux belles et bonnes choses toutes simples. Qu'est-ce qu'ils gagnent ? Rien ! Et Satan ricane : et hop, un flippé d'la vie en plus, coooool !
Ne plus vivre sous l'esclavage de la peur, comme disait saint Paul, c'est ne plus laisser toute la place d'la peur dans ma vie, sachant qu'bien sûr, comme j'suis humain, y'aura des moments d'peur et c'est surtout le moment où j'suis invité à m'ouvrir encore davantage à la vie qui vient à moi.